Entrevue de DJ Cut Killer avec Nation Hip-Hop

4 octobre 2023 par
Dany Tétreault/Fondateur


En tant que média international francophone de la culture hip-hop, Nation Hip-Hop a eu l'opportunité de s'entretenir avec une légende vivante, DJ Cut Killer – l'homme avec un grand "H" !

Cette entrevue avec DJ Cut Killer, marque une occasion exceptionnelle en tant que première entrevue internationale avec cette légende vivante du hip-hop. Elle témoigne de la portée et de l'importance de Cut Killer dans la culture hip-hop au niveau Internationale. 

Alors que Cut Killer s'apprête à faire son apparition sur Carte Blanche, nous avons eu l'opportunité de mener une discussion à coeur ouvert avec l'artiste lui-même.

Pour les fans qui te connaissent et ceux qui te connaissent pas, peux-tu nous parler du gros projet qui arrive à grands pas pour toi avec ta participation à Carte Blanche le 6 octobre prochain ?

  • Dans le cadre de mon passage sur les ondes de France TV à l'émission Carte Blanche, nous voulons faire revisiter au grand public les classiques de la chanson française en hip-hop.

Pour l'événement, Cut Killer a décidé d'inviter quelques guests, les artistes invités son Benjamin Epps, Bigflo et Oli, DJ Pone, DJ Fly, Joey Starr, ainsi que de jeunes talents prometteurs tels que Skia, Elena Copsi et Sicario78 seront de la partie qui offriront des performances exceptionnelles.

Louangé sur sa gentillesse de partager la scène, il répond :

  • Parce que je considère que la chanson française est aussi la musique actuelle et que l'essence même de ce que nous on considère le hip-hop regroupe énormément de choses.


L'évolution et l'innovation musicale seront au rendez-vous. Tout au long de sa carrière, Cut Killer a partagé la scène avec de multiples artistes. Aujourd'hui, visiblement, il maintient sa cohérence artistique et professionnelle en mettant en avant les nouvelles générations pour le bien-être de la culture hip-hop.

 


En tant qu'artiste, tu es versatile, tu possèdes plusieurs cordes à ton arc. Tu également un auteur ?

  • Oui, j'ai écrit avec Julien Civange le livre livre Mixtape 2.0 - 30 ans de culture hip-hop, qui est paru le 13 octobre 2022 et contient 224 pages sur l'histoire du hip-hop. Je retrace dans ce livre trente ans de morceaux, objets, personnalités, lieux et événements emblématiques qui ont marqué ma carrière.

 

Au niveau de ton 2e livre, tu as déjà commencé l'écriture. Qu'est-ce qui t'a fait en sorte que tu veuilles faire 2e livre, est-ce à cause des bonnes critiques ?

  • Non, j'ai un cahier des charges et une belle direction à vous partager puisque pour celui-ci, je vais travailler avec Les Éditions Belles lettres.

Dans sa façon de répondre, nous pouvons sentir l'amour dans son visage qu'il porte à l'essence même de la culture

Dans les faits, Cut Killer est l'un des piliers de la culture hip-hop francophone dans le monde après tout. Killer mentionne le passage de ses débuts avec son label Double H et les collaborations multiples de qualité auxquelles il a participé. Il évoque également l'arrêt de collaboration avec les maisons de disques en 2006.

  •  Les maisons de disques ont pris un virage commercial artistique qui ne me rejoignait moins. Parce que nous avions en 1990 une direction de vie par rapport au hip-hop où nous étions révolutionnaires, le mouvement Entertainer... est arrivé en 2000. Au fait, c'est une discorde, mais je trouve tout à fait honorable ce qui se fait dans le rap en général.

 


La question qui tue, est-ce que le rap actuel est positif dans l'ensemble ?

  • Oui , parce que même le fait qu'une partie de la jeune génération s'intéresse plus du coté entertainer , d'autres sont plus axé sur le message d'un état des lieux malgré tout ....


Dans quel sens ?

  • Je trouve que c'est intéressant parce qu'ils ont réussi à développer une espèce de nouvelle variété française et non juste une musique urbaine axée sur la musique française en général.

 

Que penses-tu de la culture hip-hop des dernières années ?

  • Le rap dans les 15 dernières années, tout le monde l'a mis de côté parce que le break est parti dans un sens, les MC sont devenus indépendants, les DJ ont fait leur petit bout de chemin. Le sens Hip-hop n'existait plus. C'est que là on voit dans les dernières années, on voit que l'industrie s'est créée à New York, tu vois la maison du hip-hop n'existe pas aux États-Unis, je pense que ça devrait être partout.

Cut Killer nous rappelle au passage dans l'entrevue qu'à l'époque le rêve était de sortir un album et de lancer son message. Les générations d'aujourd'hui ont une perspective différente.


Pour Cut Killer, la tendance a changé. C'est la façon dont on exploite la musique et que les jeunes l'appréhendent.

  • Ils vont sur les plateformes, écoutent un morceau, et s'ils l'aiment, ils l'écoutent trois semaines plus tard, un autre morceau sort. Le dernier son passe, et on écoute le nouveau. Les gens de l'époque avaient un album de Tribe Called Quest, et les gens (le mangeaient). Ce n'est pas comme aujourd'hui où les gens sélectionnent les chansons seulement, la facilité de la gratuité. 

 


Est-ce que le rap était mieux avant ?

  • Non, le rap n'était pas mieux avant ou moins bien aujourd’hui. On est dans une tendance ou certains artistes ne se réinventent pas et certain courant musical tourne en rond ? Du coup pour l'instant.......

 

Et dans l'industrie ?

  • Tout le monde est arrivé à saturation. On arrive à un moment où personne ne sait réellement comment se démarquer, et on revient sur un cadre où les artistes vont avoir une réflexion plus intéressante et beaucoup plus axée sur une globalité de thématiques artistiques que de faire des bangers qui ne vont peut-être pas perdurer. Donc là, ça revient à une autre vision. Il y a des qui sont beaucoup plus éduqués aux niveaux musicaux et portent attention aux textes et d’autres aux rythmes parce qu'ils se sont dit que la tendance est super, mais pour perdurer en tant qu’artiste, il faut raconter une histoire. Donc aujourd'hui, on sur ce mouvement là où il y a des anciens qui disent "oui, il se et des tatouages partout, il rap n'importe comment, le texte ne veut rien dire que cela n'a aucun sens", donc ils commencent à prendre des positions, et dans le monde entier, tout le monde commence à avoir cette position.


  • Donc à un moment donné, quand c'est comme ça eux-mêmes son blaser des artistes d'aujourd'hui, parce que eux-mêmes comme ils prennent la musique du moment, la musique ne dure pas, eux-mêmes. Un artiste qu'ils ont connu il y a trois ans, les jeunes s'en foutent. Visiblement, le ton dans sa voix est empreint de sincérité et de passion.

 

Tu parles d'éducation, les gens connaissent-ils la culture ?

  • En faisant une Maison du Hip-Hop et un Institut du Hip-Hop, on valorise le principe de la culture parce que tu vas dire à une ancienne et une nouvelle génération, vos enfants, si vous voulez les éduquer et faire en sorte qu'ils aient des objectifs de vie. Ben, on va leur donner un cadre et ce cadre, nous allons l'apporter dans ces instituts et ces maisons-là, parce que si nous on aurait pu avoir ça à l'époque, les choses auraient été totalement différentes pour la culture aujourd'hui. Ce sont des projets comme la Maison du Hip-Hop et  l’Institut du Hip-Hop qui s'installent pour éduquer  les prochaines générations.

 

Vous allez fêter les 40 ans du hip-hop en France, pourtant le Québec en 2023 va fêter les 40 ans du Hip-hop québécois, tu en penses quoi ?

  • En fait, il faut comprendre une chose très simple, en France comme aux États-Unis, le 11 août 1973 quand Kool Herc organise un Block Party et qu'un maître de cérémonie enregistre sur une cassette, le hip-hop existait déjà. C'était en 1971, et nous étions déjà dans une sorte de mécanique.

 

Qui sont les personnes qui étaient présentes avant 1973, parce que tout le monde connaît la fameuse histoire, mais on a l'impression qu'il y a plein d'artistes oubliés ?

  • Ce n'est pas qu'ils sont oubliés. C'est-à-dire que quand Kool Herc est arrivé, il faisait partie d'un mouvement où il était l'un des précurseurs. On lui donne plus de crédit que d'autres, mais ce n'est pas que les autres ont été oubliés, c'est qu'après, il a surfé sur la vague. Cela a été déterminé ainsi. En France, nous déterminons notre point de départ en 1984 avec l'émission de Sydney avec HIPHOP, mais il y avait déjà une atmosphère qui existait, parce que cela n'est pas arrivé du jour au lendemain.

 

Qui serait le premier selon toi dans l'histoire du rap francophone à avoir fait une chanson de rap ?

  • Phil Barney avait fait partie d'un groupe qui s'appelait "Chagrin d'amours" et avait fait un morceau "Chacun fait c'qui lui plaît" (en fait, il rappe) en 1982, quand ça est sorti. Potentiellement, ça serait lui, en termes de sonorité. Mais à cette époque, Phil Barney avait déjà une émission de radio et était proche de Sydney, qui était dans un cadre d'émission de funk. Eux, c'était une dérive du funk, et quand le Sugarhill Gang est arrivé, les gens ont tendance à dire que le hip-hop, c'est le Sugarhill Gang. En termes de disque, oui, mais en termes de hip-hop, ça existait avant. Nous n'avons pas de date précise parce que ça n'a pas été légitimé. Pour nous, les 40 ans commencent vraiment en 1984, où tout le monde est au courant.

 


Le hip-hop représente quoi dans le monde ?

  • Le breakdance est aux Jeux olympiques, cela dit tout sur la reconnaissance de la culture.

 

Tu vas faire la Maison du hip-hop à Paris ?

  • Oui, nous travaillons pour ouvrir la Maison du Hip-Hop qui ressemble à l'Institut du Hip-Hop, mais sans le musée. Notre objectif est d'avoir une salle de spectacle et un endroit pour offrir une éducation à la culture du hip-hop et plus encore.

 

Comptes-tu venir au Canada éventuellement ?

  • J'ai hâte d'y retrouver et surtout que j'ai toujours cette mixtape ‘’Freestyle Canada‘’ que j'avais produite à Montréal qui fais partie de mon parcours de dj et qui me font rappeler d'excellent souvenir.

Croyez-moi quand je vous dis qu'il chéri encore l'époque du Dagobert à Québec, Cut Killer affectionne particulièrement le Québec.

 

Selon Cut Killer :

  • Les initiatives telles que la Maison du Hip-Hop à Paris et l'Institut du Hip-Hop sont des projets dont la culture a besoin pour éduquer les gens sur l'essence du hip-hop.

Cela montre que le hip-hop continue de grandir, de connecter des personnes du monde entier, et de créer des opportunités pour célébrer son héritage. La culture hip-hop est vivante et dynamique, et ces initiatives visent à la préserver, la promouvoir et la partager avec le monde entier.

Cut Killer, Nation Hip-Hop te remercie de ce moment magique pour la culture hip-hop, ce fût un honneur.

Au nom de la culture du hip-hop francophone, il est temps de rebâtir les liens entre la France et le Canada. 

L'Institut du Hip-Hop et son équipe de rédaction de Nation Hip-Hop annonceront des nouvelles de la France dans un avenir proche.

Au début l'année 2024, lors de l'ouverture officiel de l'Institut du Hip-Hop au grand public  plusieurs projets et (ou) collaborations d'envergure internationale seront dévoilés.

Le tout au bénéfice de la culture du Hip-Hop.

Pour voir l'émission La Carte Blanche : LIEN


Maison du hip-hop

http://www.maisonduhiphop.com/


Artiste:

DJ Cut Killer - LIEN 

Benjamin Epps - LIEN 

Bigflo et Oli - LIEN 

DJ Pone - LIEN 

DJ Fly - LIEN

Joey Starr - LIEN 

Skia - LIEN 

Elena Copsi - LIEN 

Sicario78- LIEN

Bonne Pioche - LIEN

 

 


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Dany Tétreault/Fondateur 4 octobre 2023
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