De La Soul, Wu-Tang Clan, Nas, The Pharcyde, et IAM : Une semaine de rêve pour les amateurs de Hip-Hop

15 octobre 2023 par
Nation Hip-Hop, Alex Wallace


Au travers ma vie, j'ai eu l'énorme privilège d'assister à une multitude de spectacles incroyables : A Tribe Called Quest, Fugees, Cypress Hill, Beastie Boys, Beatnuts, Sean Price, Non Phixion, RA the Rugged Man, Jeru the Damaja, Afu-Ra, Planet Asia, IAM, Fabe, Oxmo, Saïan Supa Crew et j'en passe. Étant un amateur de musique au sens large, j'ai eu la chance de voir des groupes tels que Rage Against the Machine, Groovy Aardvark, Grim Skunk et même Slipknot. Lorsque le groupe légendaire Kiss était sur les Plaines d'Abraham, j'y étais, en train de Rock and Roll all night… J'ai même vu Sting performer ses classiques ainsi que le godfather of soul en personne, le seul, l'unique, James Brown gratuitement devant 55,000 personnes à l'extérieur de la Place des Arts. J'ai vécu d'innombrables moments magiques lors de concerts qui seront a jamais gravés dans ma mémoire. 

Cela étant dit, malgré toutes ces belles expériences, je n'ai jamais vécu une semaine comme la semaine dernière… La semaine dernière fut une semaine de rêves pour tous les amateurs de hip-hop de la Belle Province mais surtout pour le jeune Métis de 15-16 ans de jadis. Si vous m'auriez dit que dans la même semaine, j'aurais vu De La Soul, Wu-Tang Clan, Nas, The Pharcyde et IAM en performance, je ne l'aurais pas cru. Et pourtant, 27 ans plus tard, c'est bel et bien ce que j'ai vécu. À 42 ans, j'ai eu la chance de faire le running-man sur Ring Ring Ring, j'ai chanté "Cash Rules Everything Around Me", j'ai rappé "NY State of Mind", j'ai versé quelques larmes de nostalgie en chantant "Passin me By" et j'ai vu les gars d'IAM se présenter sur scène avec des sabres laser pour interpréter "L'Empire du Coté Obscure". Les fins connaisseurs comme mon frère Coolman Logan ont ajouté la légendaire Bahamadia à cette semaine de rêve. Les amateurs de Hip-Hop de la Vieille Capitale, eux, ont eu l'énorme privilège de voir Rainmen et Skandal en performance avec l'Orchestre Symphonique de Québec. Ce fut réellement une semaine de rêves pour notre culture solidifiant notre place dans le monde en tant que plaque tournante du Hip-Hop

Dans cet article, je vais vous raconter mes différentes expériences lors des spectacles de De La Soul, Wu-Tang Clan et Nas à la Place Bell, The Pharcyde et Raz Fresco au National et spectacle magistral d'IAM avec l'Orchestre Symphonique de Montréal à la salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts. Dans les prochains jours, nous allons revenir sur le spectacle de Rainmen et Skandal avec l'OSQ et nous allons souligner l'importance de Bahamadia dans l'émancipation du rap féminin. 

Donc, laissez moi vous dire que Wu-Tang Clan et Nas, ensemble, à la Place Bell, pour un soir, ça semblait irréel. Lorsque j'ai encerclé cette date, j'étais loin de savoir que De La Soul était de la partie… De La Soul!!! Je suis un enfant du Native Tongue. (Jungle Brothers, ATCQ, De La Soul,Queen Latifah et Monie Love). C'est simple comme : J'étais adolescent lorsque je suis tombé en amour avec Wu et Nas. J'étais enfant quand je dansais en faisant sur "Me, myself & I" ou "Say No Go". De La Soul a toujours été très significatif pour moi et lorsque la confirmation de leur présence est arrivé, j'étais encore plus convaincu que cette soirée était pour être légendaire. Je devais y aller.  



Tout d'abord, il est important de souligner l'importance de Dave Jolicoeur dans l'histoire du Hip-Hop et de De La Soul. Le MC au nom typiquement québécois, nous a quitté l'année dernière… Il a été la pierre angulaire du mouvement de rap consciencieux et afro-centrique du début des années 90 appelé The Native Tongues. Il était un personnage coloré, charismatique et très intelligent. Il était un fichu de bon MC aussi. Son départ hâtif a pris toute la scène hip-hop mondiale par surprise. Ce fut une onde de choc comparable à celle laissée par Phife Dawg (ATCQ) lors de son départ. J'ai personnellement versé quelques larmes pour ses deux super-héros. Ils l'étaient vraiment à mes yeux. Certains enfants avaient Patrick Roy ou Michael Jordan sur leur murs. Moi, c'était De la, A Tribe Called Quest, Queen Latifah, Apache, Black Sheep… 


Native Tongue et Blackstar

Afin d'honorer leur défunt membre et d'offrir une performance grandiose au public, De La ont fait appel au Blackstar, Talib Kweli. L'idée fut un véritable coup de génie car Talib a su remplir ce rôle à la perfection. Il n'a pas agi en remplaçant, il a agi comme un frère célébrant la vie d'un frère. Ce fut de toute beauté. Les hommages pour Dave ainsi que le clin d'oeil à MF Doom m'ont profondément touché. Après une performance qui semblait trop courte, le deux tiers de De la Soul et la moitié de Blackstar, Talib Kweli ont quitté la scène de la Place Bell sous les cris et les applaudissements d'un public qui en demandait plus. 



Et puis soudainement, le chant commence : Wu…Tang, Wu-Tang, WU-TANG!!

Gens du public, vous étiez beau à voir et à entendre. La foule était prête pour ce moment historique. J'étais placé en plein centre, premier balcon, première rangée. J'ai dû faire attention à quelques reprises pour ne pas me retrouver la face sur le par-terre. À ma gauche, Jez et sa gang, à ma droite deux gars inconnus qui sont rapidement devenue membre en règle de ma famille. Il avait une fébrilité dans l'air et aussitôt que le premier W est apparu sur l'écran géant, le sol a tremblé, le balcon vibrait. Mise en scène minimaliste, quelques écrans géants, vidéos assortis et groupe de musiciens avec Rza comme chef d'orchestre. L'accent était sur la musique, les paroles et leur performance. Gza, Inspectah Deck, Cappadonna, Raekwon, Masta Killa, U-God, Ghostface Killah se sont succédés enchaînant Mystery of Chessboxin, Dual of the Iron mic, Incarcerated Scarfaces et autres grands classiques. 

Après une vingtaine de minutes, Ghostface Killah termine "Run" et tout le reste du Wu se dissipe. Il reste juste Ghostface et Rae puis soudainement… Je reconnais tout de suite le sample. C'est "Verbal Intercourse" de l'album Only built for cuban links de Rae aka The Purple Tape. Mais c'est une chanson avec Nas ça! Nas ne va pas embarquer tout de suite?  Et puis là, sans feu d'artifice, sans éclat, sans danseuse exotique ou de soucoupe volante descendant du plafond, se présente Nas. Il arrive, en dansant, chemises de chasse blanche, tuque noir et lunette de soleil. Casual. Possiblement le plus grand rappeur de tous les temps, se faufile candidement par la gauche de la scène comme si rien n'y était… Encore une fois, le bruit de la foule enterrait le son de la musique. Nas sonne comme en studio. Tout au long de la soirée, sa voix et le son étaient spectaculaires. Nas sonnait tellement bien et ce, sans playback, sans back vocal. C'était juste lui, one mic et DJ Scratch. Magistral. Leçon de rap pour tout jeunes artistes souhaitant devenir un MC. Apres "Verbal Intercourse", Rae et Ghoste cède place à Nas qui lui, enchaîne avec quelques classiques de mi-carrière comme Hate me Now ou Got yourself a gun. Après une vingtaine de minutes, avec Queensbridge sur les écrans géants, la chanson Eye for an Eye de Mobb Deep, Nas et Rae se fait entendre. Nas nous ramène Raekwon sur la scène afin d'interpréter la chanson du coup rendant hommage au défunt Prodigy. Par la suite, Rae demeure sur la scène, le restant du Wu le suit et Nas s'éclipse. J'étais perplexe.  Nas n'avait pas fait ses grands classiques… Maintenant Wu is back? Est-ce que Nas va revenir? Et où est Method Man?  

En réalité, le NY State of Mind tour est un spectacle en soi de pres de 3 heures! . Tout au long de la soirée, Wu-Tang et Nas ont alterné sur scène allant de quinze minutes Wu-Tang, quinze minutes Nas sans oublier collaboration et chanson à succès issu des projets solos des artistes du Wu.  C'était la première fois que je voyais une mise en scène de la sorte. Normalement les artistes se succèdent avec la tête d'affiche à la fin. Pas le NY State of Mind tour. Le spectacle était dynamique et nous a tous gardés sur la pointe des orteils jusqu'à la fin. Après quelques échanges, Nas décide de sortir les gros canons : Represent, The World is yours, One love et bien sûr la chanson titre de la tournée. Laissez moi vous dire que j'étais prêt pour cette dernière. Ça fait 25 ans que je suis prêt… Depuis le temps que j'essayais d'écrire ses paroles en appuyant PLAY/PAUSE sur mon walkman. Les plus vieux vont se souvenir de ça… Mes deux inconnus et moi avons craché chacune de ses rimes du début à la fin. Voir et entendre Nas faire NY State of Mind est l'un des moments dont je vais me rappeler pour toujours. Encore un fois, l'air de rien, nonchalamment, Nas salut la foule et cède la place au Wu. 

Le spectacle aurait pu se terminer là, j'aurais été satisfait. Seul bémole, Method man n'y était pas. Je pensais déjà à cette critique… "Show Incroyable, Method Man no show"..

Et puis soudainement, contre tout attente, une bonne heure et quart après le début du spectacle, Method Man fait une entrée spectaculaire. La Place Bell a tremblé sous les cris et hurlements de la foule. Meth a pris quelques instants pour apprécier ce moment magique. Il y avait tellement de bruit. Au loin.  Nous pouvions lire un grand sourire sur son visage. C'est à ce moment que le délire a vraiment commencé. Le Wu a enchaîné leur plus grands classiques du 36 Chambers. Avec Young Dirty Bastard en remplacement de son défunt père, les membres du Wu ont pu nous balancer Proteck ya neck, Shimmy Shimmy Ya, Brooklyn Zoo. Mais le moment dont je vais me rappeler toute ma vie fut l'interprétation de CREAM, une chanson mythique. Malgré les années, le Wu nous ont offert une performance remarquable de pres de 2 heures. Je vais pouvoir mourir heureux sachant que j'ai vu en personne le plus grand groupe de rap de tous les temps ainsi que l'un des plus grands MCs de tous les temps, Nas. La soirée cest terminé sans problèmes et la foule a la sortie semblait marcher sur des nuages. 




The Pharcyde

2 jours plus tard, c'était le tour au groupe légendaire californien The Pharcyde de se présenter à Montréal, dans la fantastique salle de spectacle Le Nationale. Ils étaient de passage pour leur tournée célébrant les 30 ans de la sortie de leur premier LP "Bizarre Ride" Je dois vous avouer que j'étais sceptique. Je n'étais pas sceptique de la qualité du spectacle ou de leur performance,  j'étais sceptique par rapport à la participation du public. Je me demandais si le public était pour être au rendez-vous. A mon arrivée, la salle était déjà à moitié pleine. Lorsque Raz Fresco a mis les pieds sur la scène pour l'ouverture, la salle était remplie. Je ne connaissais pas Raz Fresco. Le jeune artiste m'a tout simplement ébloui. Son talent indéniable est carburé par une énergie contagieuse, une amour palpable pour le lyrisme de haut calibre et le son boom bap. J'ai aussitôt commencé à le suivre dans les médias sociaux et je vous conseille fortement de faire de même. Ce MC est le futur. Sur scène avec lui, nous pouvions voir le rappeur légendaire montréalais Akshun ainsi que le producteur Nicholas Craven, ce dernier semble être au sain de tous les grands évènements. La table etait mise pour The Pharcyde.


Dès le départ, The Pharcyde ont amené de l'énergie. Il est fascinant de voir des hommes de 50 ans se démener sur scène, danser, interagir avec le public tout en interprétant leur grand classique et ce, sans les "playback" typiques que l'ont entend venant des nouveaux artistes de nos jours. The Pharcyde nous ont offert une performance à la hauteur de leur statut de légende. Malgré la distance qui sépare le Québec et la Californie, le public était présent, bruyant et engagé jusqu'à la fin. A ma grande surprise, une grande majorité du public connaissait les paroles et ne se gênait pas de chanter à haute voix. Montréal était belle ce soir. J'ai eu un énorme coup de cœur lors de l'interprétation de Runnin. Une chanson qui parlait d'intimidation et de violence a une époque où le sujet était tabou. Le moment le plus beau et mémorable pour moi  s'est produit lors de l'interprétation de leur plus grand succès, une de mes chansons préférées à vie : Passin me By. Le groupe a laissé le public chanter le premier verset, celui de Bootie Brown jusqu'au refrain. Les gars sur scène n'ont pas prononcé un mot dans leur micro. C'était à couper le souffle et je ne vais pas vous mentir, je suis devenu quelque peu émotif rempli de nostalgie et d'amour pour cette musique qui a marqué ma vie


Foule montréalaise : 

"...First i'd write her name then carve a plus / With my name LAST, On the looking GLASS / I seen her yesterday, but still, i had to let her PASS / SHE KEEPS ON PASSIN BY…" 



Le clou de cette semaine de rêve pour moi a été le spectacle du groupe légendaire marseillais IAM avec l'Orchestre Symphonique de Montréal. Un spectacle qui a été reporté à 2 reprises et qui, pour plusieurs, n'aurait jamais lieu. Jai eu la chance de me faufiler à la dernière soirée de leur série de 4 spectacle sur le sol Mtlien.  Je devais assister à ce spectacle. J'avais eu l'énorme privilège d'assister a un show d'IAM en 1998 au Métropolis lors de leur tournée pour l'École du Micro d'argent. Ce spectacle a changé ma vie. A l'époque j'étais déjà actif sur la scène locale en tant que MC. J'étais actif mais j'étais toujours en quête d'identité et de développement. C'est précisément lors de l'interprétation de leur chanson de 10 min "Demain c'est loin" que j'ai compris qui j'étais et ce que je voulais faire en tant qu'artiste. Voir Akhenaton craché son verset de 5 min à la perfection avait marqué mon imaginaire. C'était précisément ça que je voulais faire, c'était précisément ça que je voulais dégager comme énergie. 25 ans plus tard, je me devais d'être là pour honorer ces légendes du rap. Ils sont une partie de ma personne et je serais éternellement redevable envers Shurik'N, Akh, Kheops, Imhotep, Kephren et Freeman. Ce dernier qui n'est plus de la formation depuis quelques années déjà.


Encore une fois, j'avais des doutes quant à la réception du public. Après tout, nous étions à la place des Arts dans la maison de l'Orchestre symphonique de Montréal. Je me demandais quel genre de public était pour être au rendez-vous? La réponse m'est venue avant même que le groupe se présente sur scène. A l'unisson, la foule s'est mise à scander


"Ce soir, on vous met, ce soir on vous met le feu!!!!"


L'ambiance était survoltée. Avec plus d'une cinquantaine de musiciens et la chef d'orchestre, ,le groupe s'est présenté avec la même fougue que lors de leur passage en 1998. Ils ont enchaîné leur plus grand classique allant de "Je danse le Mia" à "Un bon son brut pour les truands" en passant par quelques projet solo dont "Samuraï" et "Les miens" de Shurik'n et "Les Bad boys de Marseille" et "Mon texte, mon savon" d'Akhenaton. Cette dernière m'a rendu émotif. J'ai dû me cacher pour ne pas montrer le liquide salé qui s'écoulait de mon visage. Il m'est difficile de décrire ce que j'ai ressenti lors de la performance de "L'Empire du Coté Obscure". L'OSM a propulsé cette chanson dans une autre stratosphère et j'en ai encore des frissons en écrivant ces mots. Bien sûr, les grands frères d'IAM se sont présentés sur scène avec leur sabre laser devant un public en liesse. Personne n'a rester assis lors de cette chanson ainsi que tout au long du concert. 


Et comme si le groupe faisait un clin d'œil au jeune Metis de 1998, les accessoiristes ont tranquillement amené un banc de parc sur scène. Le groupe s'y est installé et Shurik'n et Akh ont interprété le chef-d'œuvre de dix minutes "Demain c'est loin" Il y a 25 ans, ce groupe a changé ma vie, 25 ans plus tard, ce groupe m'a donné un souvenir que je vais apporter avec moi partout où je vais. Merci IAM, merci Dina Gilbert, Blair Thomson et leur équipe. Merci à chacun des musiciens présents mais avant tout, merci au public montréalais qui ont fait de cette soirée un moment magique et unique.


Quelle semaine de rêve.


Nation Hip-Hop, Alex Wallace 15 octobre 2023
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