The Brigde - CBC One 88,5FM & CBC Listen

15 septembre 2023 par
Nation Hip-Hop, Alex Wallace


J’ai eu l’immense privilège d’être invité à un événement spécial marquant 50 ans de hip-hop à saveur montréalaise. C’était lors de l’enregistrement de l’émission The Bridge animée par Nantali Indongo, journaliste, chercheur, récipiendaire du prix de la personnalité de l’année de la radio anglophone lors du gala Dynastie 2019 et membre du supergroupe Nomadic Massive.

L’émission « The Bridge » se spécialise dans la culture hip-hop diffusée le samedi à 17 h sur CBC One 88.5FM et CBC Listen.


Comme mon partenaire ne pouvait pas être là, j’ai décidé de faire appel à mon amie, ma sœur, ma partenaire de longue date, la prolifique chanteuse-compositrice Esmeralda, anciennement connue sous le nom de Sola. Sola a travaillé avec plusieurs artistes de renom dans l’univers hip-hop québécois tels que Monk-E, Boogat et plus particulièrement Samian qui a décidé de la garder à ses côtés pour d’innombrables aventures à travers la province, le pays et à l’international. Le nom de Sola est bien connu dans l’histoire du Hip-Hop montréalais et j’ai pensé qu’il était bon de l’amener avec moi à cet événement. Après tout, elle connaît tout le monde qui était là et je voulais m’amuser avec ma sœur. Dans l’un de nos nombreux moments de synchronicité, Sola a sauté dans ma voiture et d’une voix douce elle m’a dit :

Sola : « Métis, je suis vraiment heureuse que vous m’ayez invitée ! Aujourd’hui est un jour spécial pour moi ! J’ai fini d’enregistrer mon album ! Hourra ! »

Sola venait de terminer l’enregistrement de son nouvel album intitulé « Ù ». 11 nouvelles chansons présentées sous le label Samian’s Nikamo Musik. C’était un grand jour pour elle et pour moi aussi. J’ai vu Sola à ses débuts, j’ai fait plusieurs chansons avec elle. Je l’ai vu s’épanouir et grandir. Aujourd’hui, elle récolte le fruit de sa vie de travail. J’ai été particulièrement fière de partager ce moment avec elle. Sola est incroyablement gentille et délicate. De plus, elle est très créative et inspirante. Chaque fois que nous parlons ensemble, nous nous retrouvons toujours avec des idées fantastiques et créatives. Hier, nous parlions de chants syllabiques, de respiration contrôlée et de rythmes répétitifs dans différentes cultures à travers l’histoire humaine. Vous auriez dû nous voir dans l’ascenseur du Centre Culturel Georges-Vanier pratiquer notre "OM", "A-UM", "AAAOUM"! Les gens ont dû nous trouver bizarres. Inutile de dire que nous étions très excités pour l’événement!


Esmeralda aka Sola & le réalisateur François Lalonde


Tous les chemins mènent aux Bergs. L'enregistrement s'est déroulé dans une salle au deuxième étage du Centre Culturel Georges-Vanier en plein cœur de la Petite Bourgogne. Nous étions à deux pas du lieu du Block Party de cet été. Un événement marquant qui a souligné les 50 ans du Hip Hop et les 25 de l'album Armageddon de Rainmen. L'Harlem du Nord est vibrant depuis quelques années et la communauté participe activement dans les évènements comme celui de ce soir. Dès notre  entrée dans la salle, j'ai tout de suite remarqué des visages connus, certains même légendaires. Orion aka Revolution du groupe Shades of Culture, Meryem Saci de Nomadic Massive, Dice-B légende de la radio Nuit Blanche et membre en règle du groupe Catburglaz et beaucoup d'autres. La salle, petite et intime, pouvant accueillir de 100 à 150 personnes était bien remplie. Les places étant limitées, je me trouvais très chanceux d'être invité. De plus, c'est Nantali en personne qui m'avait invité. Ce n'est pas rien.

À l'arrière de la salle, il y avait une table avec de la nourriture, une machine à pop-corn ainsi qu'un petit kiosque avec du linge et des articles vintage. Un peu plus loin, il y avait un écran géant où de vieilles photos de la scène hip-hop Montréalaise des années 80-90 se succédaient. J'ai passé un bon moment à les regarder. Sur la scène, la DJ SeriousBlack enchaîne classique après classique pendant que  les gens de la technique chez CBC finissent les préparatifs pour l'enregistrement. J'ai adoré les 6 grosses radio-cassette style boombox installées en arrière plan de la scène. Il y avait une ambiance rétro dans les airs et les gens semblaient apprécier ce petit moment de socialisation avant le tournage. 

J'ai vu que l'équipe de télévision de CBC était avec Nantali alors j'ai pris Sola par le bras en lui demandant de me suivre. Nous sommes aller saluer Nantali qui aussitôt me donne un gros câlin et semble agréablement surprise de voir Sola! Les deux grandes femmes ont entamé une belle discussion. Les caméraman de CBC ont flairé un bon moment pour la culture et pour les femmes de l'industrie. L'équipe de tournage a allumé leur caméra et ont capté ce beau moment. Et voilà, mon travail est fini, merci bon soir! J'étais particulièrement fier de mon coup. Après quelques minutes encore, le réalisateur mentionne dans les hauts parleurs que l'émission commence dans quelques minutes. Tout le monde se choisit une place. A la dernière minute a ma gauche, s'assoit mon grand-frère et pionnier du mouvement, l'animateur, rappeur, historien Dice-B! Quelle chance, j'ai pu puiser dans son immense savoir toute la soirée. Cet homme est une mine d'or d'information. Nous devons le protéger à tout prix. 



Au milieu des années 1980, des membres de la scène hip-hop de la ville, dont DJ Ray et Butcher T, au centre, figuraient dans la section style de la Montreal Gazette.  (Soumis par Ludmila Zelkin)



Sur la scène, aux côtés de Nantali, pour la discussion, se trouvent de grandes légendes de la scène Montréalaise : 

1- Chuck Ice du groupe légendaire Zéro Tolerance, formé avec D-Trace et DJ Choice, était de la partie. Chuck Ice est un pionnier du rap Québécois. Il est aussi l'un des battle rapper les plus prolifique dans la jeune histoire du battle rap Québécois. Au début des années 90, Chuck Ice a remporté la première place lors de battle au bar Thunder Dome pendant 15 semaines consécutives. En réalité, il n'a jamais perdu. A cet époque, c'était du vrai freestyle, de l'improvisation, pas de texte écrit. Chuck fait partie de la vieille école et aujourd'hui assume pleinement son rôle de parrain du rap Québécois. Il est d'une grande classe et un vrai chic type. 

2- A côté de Chuck Ice se trouve Spicey. Spicey est une personne adorée au sain de la communauté qui travaille dur sur le terrain depuis plus de 20 ans. Elle est une femme d'affaire accomplie. Elle est chorégraphe, danseuse de renommée mondiale et fondatrice de l'école de danse Heaven Flow. Elle est aussi l'instigatrice du festival de danse Bust A Move. Un festival qui en est à sa 10e édition.

3- A côté d'elle se trouve le légendaire DJ Kwite Sane. Un nom qui était partout dans les années 90 et 2000 à Montréal. Kwite Sane a participé à de grands événements au cours de l'histoire du hip-hop à Montréal. Très jeune, il a été témoin des premiers vrai block party hip-hop dans les années 80. Malgré qu'il semble un peu timide au micro, il est très comique lorsqu'il raconte ses anecdotes ne se gênant pas de pointer certains individus dans le public en référence à ses histoires. Un autre homme fort sympathique.

4- Au bout de la table se trouve le géant et super-héro du Sud-Ouest, Mizery. Mizery est un graffeur hors-pair. Très jeune, il avait sa propre petite boutique de linge dans le souterrain du métro Peel où il créait des designs exclusifs au air brush. J'ai eu longtemps une casquette qu'il m'avait fait. Je m'ennuie de cette casquette. Mizery, à la fin des années 80 et début des années 90 était un redoutable battle rapper. Il était très comique de voir Mizery et Chuck Ice raconté leur confrontation historique en riant. Je ne crois pas qu'il riait dans le temps. Non seulement battle rapper, Mizery avait signé sur une des premières étiquettes indépendantes ayant tenté l'expérience rap au Québec, Zoobone. A l'aide de sa maison de disques, Mizery a pu enregistré plusieurs singles légendaires et fait de nombreuses collaborations au travers les années. Il a même enregistré un album complet qui n'a jamais été mis au marché pour des raisons que je vais garder privée par respect. Nous avons eu le privilège d'entendre une chanson inédite de cet album hier. C'était un grand moment et nous pouvions lire l'émotion sur son visage lors de l'écoute. Tout le monde dans la salle bougeait la tête. A la fin de la chanson, Nantali a souligné le fait que nous avions tous bouger la tête en écoutant le morceau. Nous avons tous applaudis et fait du bruit pour la légende du sud-ouest. Mizery est un personnage multi facettes, depuis plusieurs années, il est barbier dans son propre salon. Mizery est celui qui a donné l'idée à son copain, Paul Frappier, de se nommer Bad News Brown. BNB et lui étaient des amis de longue date et il semble très ému lorsqu'il parle de son défunt frère. 

En parlant de frère, Mizery est le grand frère biologique de nul autre que SP aka Black Geronimo aka Sans Pression. Nous avons pu l'entendre sur le premier album de celui-ci, 514-50 dans mon réseau, dans la chanson classique Black on Black. Mizery est d'un calme remarquable comparé à l'énergie explosive de son petit frère. Sa voix me fait penser à celle de SP, par contre, elle est beaucoup plus grave. Ils ont physiquement un air de famille mais Mizery est un géant. Je dirais 6 pieds 4, peut-être. Il est très intelligent et articulé. Son apport dans la discussion était très intéressant.

Crédits : CBC News Antoni Nerestant & Hénia Ould-Hammou


Pour en apprendre plus sur Tali, l'animatrice de "The Bridge" je vous conseille fortement la quatrième partie de notre série We the North publiée plus tôt ce mois-ci. Nous avons fait un article détaillant la femme remarquable qu'elle est. A défaut d'être redondant, je peux vous dire qu'elle est animatrice de radio, journaliste et recherchiste pour CBC / SRC, MC prolifique, elle est active au sain de la communauté et est une personnalité publique inspirante pour la jeunesse montréalaise. Nantali Indongo est une grande femme. Elle était entourée d'une équipe complète et professionnels de CBC, réalisateur, preneur de son, cameraman. Tous à l'écoute de la maître d'orchestre qu'elle est.

Les discussions de la soirée tournaient autour des 50 ans de hip-hop mais vu par des lunettes montréalaise. Ils ont discuté de la longévité du Hip-Hop, la genèse de la scène hip-hop de Montréal et les block party de l'époque. Ils ont souligné l'importance des individus appelés "LDG" et "Flight" qui selon eux étaient les tout premiers à organiser de tels événements dans la ville. Ils ont discuté de l'histoire de la danse de rue et des collectifs "DKC" et "New Energy". Ils ont discuté de la naissance des premières soirées battlerap. Des premiers gros spectacles d'artistes américains comme Public Enemy et Big Daddy Kane à Montréal. Ils ont parlé de l'importance du quartier Petite Bourgogne / Little Burgundy aka The Bergs dans l'émergence de la scène hip-hop Montréalaise. Ils ont chacun raconté des d'anecdotes personnels et comique ce qui rendait l'ambiance chaleureuse et décontractée. 

Ils ont aussi pris le temps de souligner des individus un peu moins connus mais tout aussi importants qui étaient assis parmi le public. Bien sûr, j'ai tout pris ça en note et j'avais très hâte de pouvoir discuter avec ces pionniers qui sont aujourd'hui dans l'ombre. 

C'était une belle discussion de deux heures avec des segments de chansons ici et là afin de rajouter du contexte et de la saveur à leur discussion. Sola et moi avons adoré notre expérience et nous trouvions que le temps avait passé trop vite. Une fois l'enregistrement terminé, le public a pu se mélanger avec les artistes et invités. DJ SeriousBlack a continué son bon travail en enchaînant classique après classique. Je me suis dépêché pour aller discuter avec certains individus importants que les invités avaient pointés du doigt. Au passage, j'ai félicité Tali pour son excellent travail.



Natalie Indongo aka Tali Taliwah


Mon grand-frère, Orion de Shades of Culture, m'a agrippé par le coup. Nous avons jasé un peu et pris des photos. Par la suite, je suis allée serrer la main a Chuck Ice qui est d'une classe remarquable. Nous avons parlé pendant plusieurs minutes. 

Par la suite, je suis tombé sur un autre grand frère Mizery. J'ai été agréablement surpris qu'il se souvienne de moi! Je n'étais qu'un gamin quand je tournais autour de lui. Dans le temps, il était d'une extrême gentillesse et aujourd'hui il l'est autant. Il me donne un gros câlin, nous avons parlé de la vieille époque et c'est à ce moment que je lui ai demandé si la légende urbaine était vraie? Celle que, c'est lui qui a donné l'idée à Bad News Brown d'adopter ce nom. Il m'a confirmé la rumeur et je pouvais voir l'amour incroyable dans ses yeux lorsqu'il me parla de son ami. Après quelques minutes, nous nous sommes serré la main et j'ai poursuivi mon chemin vers l'individu désigné par Kwite Sane comme étant le premier organisateur de block party dans les années 80 à Montréal, un individu nommé "Flight".

Une fois devant l'individu, j'ai confirmé son nom et je me suis présenté en lui expliquant qui je suis et ce que je fais. Je suis un journaliste urbain spécialisé dans l'histoire du Hip-hop. Je lui ai expliqué les différents buts de notre plateforme. Je lui ai expliqué à quel point son rôle a été important dans notre histoire. Par la suite, j'ai signifié mon désir de pouvoir discuter avec lui afin de puiser dans sa mémoire et pour avoir un regard unique sur le début de la scène hip-hop à Montréal. L'homme souriant d'une grande simplicité semblait ému de mon intervention. Il m'a dit qu'il serait honoré de discuter avec moi afin d'élaborer un peu sur le paysage du début des années 80. Nous avons échangé nos numéros de téléphone car oui, nous sommes des dinosaures et discuterons d'un prochain contact bientôt. Je vous promets un article important sur la genèse du hip-hop montréalais et les block party, dans les prochaines semaines à venir. Je lui serre cordialement la main et avant de partir il me dit…

Flight : Hey maybe you should talk to my brother over here.

Il pointe un homme à la barbe et aux cheveux gris assis un peu plus loin à sa droite. Je lui dis un gros merci et me dirige vers le monsieur aux cheveux gris. Je me présente en anglais.

Métis : Hi my name is Métis, I'm a journaliste who specializes in hip-hop history. I'm doing a serie of articles on hip-hop pioneers, especially those who seem forgotten. Your friend over there, Flight, told me I should speak with you.

MCJ : Oh wow, that's super nice. Yeah well I'm a super old school artist from the early 80s. We used to go by MCJ and Cool G.

Métis : Say that again?

Je me questionne, pourquoi je connais ce nom.

MCJ : We were called MCJ & COOL G.

Et là, j'allume…

Métis : Brothers from Halifax, right?

MCJ : Well yea, that's us. You did your research, young man!

Métis : Well more than that my friend. Wait a minute.

Je prends mon téléphone et je vais aussitôt sur nationhiphop.com. J'ouvre l'article We the North part 4. Je fais défiler l'écran vers le bas jusqu'à la section Bonus Historique. Je me mets à rire. Assis devant moi était MCJ de MCJ and Cool G. Un groupe de rap des années 80 qui a connu un certain succès. Un groupe de rap sur qui j'avais fait de longues recherches et écrit un article dernièrement. Sans rien dire, je lui donne mon téléphone avec son article ouvert. Il regarde d'un air surpris et me demande : 

MCJ : Oh, that's pretty nice but what's that exactly?

Métis : it's the historical bonus part in the series "We the North". A series on 50 must know names in Canadian Rap history. You sir, are a must know name in our history. Straight up living legend. It's a tremendous honor to meet you here.

MCJ : OH MY GOD, WOW, COME HERE YOU.

J'ai eu le droit à un autre long câlin. MCJ avait l'air rempli de joie. Il était très ému de notre geste à l'égard de lui et son confrère. Il m'a mentionné que personne au grand personne n'avait pris le temps de souligner son apport dans l'histoire du rap canadien. J'étais très fier de lui dire que j'avais fait des recherches, que nous avions des centaines de noms à notre disposition mais lorsque je suis tombé sur leur nom et leur histoire, je n'ai pas eu le choix de l'inclure dans ma liste. Je suis heureux d'avoir pu amener du bonheur et du respect à ce grand monsieur. Aujourd'hui MCJ travaille toujours dans le milieu sous le nom de "Homegrown Da Producer". Vous savez, nous avons la fâcheuse manie de ne pas bien souligner et célébrer nos pionniers et légendes au Québec et au Canada. Je suis fier de pouvoir dire que nous, ici, à la Nation, nous le faisons fièrement. Ce fut le clou de ma soirée. J'avais le sentiment du devoir accompli. Je suis allée remercier à nouveau Tali pour l'opportunité et dire au revoir à SeriousBlack qui nous avait mis que de la bonne musique tout au long de la soirée. Finalement, je suis allé retrouver ma partenaire Sola qui était en grande discussion avec Meryem Saci. Aussitôt que Saci me voit, elle me donne un gros câlin. Hey, un autre câlin et de Meryem Saci en plus. Ok, mon travail ici est terminé. Merci bonsoir! 


Photo: Chuck Ice, Steve Pageot, Raphaël and MCJ


Once in the car, Sola and I chatted about this wonderful evening. She was very happy. Me too by the way. We talked a little about the key moments for a few more minutes but as usual, we branched off into one of our inspiring and fantastic discussions. This time it was again about the power of syllabic fields and controlled breathing. People passing by on the sidewalk must have found us weird too. They could hear voices coming from my car. 

Sola et Métis : "OM", "AUM" , "AAAOOOUM". 

Thank you good night!


dans Canada
Nation Hip-Hop, Alex Wallace 15 septembre 2023
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